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AP- Le chiffre est alarmant. Au moins 10 000 enfants en Afrique du Sud ont abandonné l’école depuis le début de la pandémie de coronavirus qui a fortement impacté le domaine scolaire, a indiqué dimanche le ministère de l’Éducation. Les cours en présentiel n’ont repris que partiellement depuis la réouverture des écoles en juin 2020, après plus de deux mois d’enseignement à domicile pour tenter de freiner la propagation du Covid-19.

Les écoles publiques ont de nouveau été fermées pendant de courtes périodes ? avec une rentrée retardée de l’année universitaire 2021 ? et la plupart des étudiants ne peuvent encore se rendre en cours que par rotation pour éviter un surpeuplement.

Conséquence : les interruptions de cours ont impacté la fréquentation des établissements scolaires, avec 10 000 enfants de moins, âgés de 7 à 14 ans, inscrits à l’école en 2021, selon des chiffres préliminaires du Department of Basic Education (DBE).

Un net recul

Le nombre d’inscriptions était également inférieur de 25 000 par rapport aux attentes pour les enfants âgés de quatre à six ans. « Les fermetures sans précédent de nos écoles et les perturbations imprévues de l’enseignement et de l’apprentissage ont entraîné une perte des acquis réalisés au cours des 20 dernières années », a déclaré M. Motshekga lors d’une conférence de presse.

Les zones rurales pauvres et les townships qui ont un accès limité à Internet ont été fortement touchées. « Si les enfants ne sont pas en contact avec les enseignants, en particulier les enfants issus de communautés défavorisées, l’apprentissage ne se passe pas comme il devrait l’être », a déclaré Martin Gustafsson, chercheur au DBE, lors de la même conférence de presse.

Il a ajouté que les enfants du primaire n’étaient en classe que trois jours par semaine en moyenne et ont déjà manqué la moitié de l’apprentissage prévu cette année. À l’échelle mondiale, la Banque mondiale estime que la fermeture des écoles a touché 1,6 milliard d’apprenants.

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La situation préoccupante des filles

La pandémie risque également d’être synonyme de reculs irréversibles et de progrès perdus pour les jeunes filles. Les grossesses d’adolescentes, voire de pré-adolescentes, ont explosé dans le pays depuis le début de la pandémie de coronavirus, relève l’ONG Save the Children, évoquant une hausse de 60 % dans la région de Johannesburg, la plus peuplée du pays.

De nouvelles statistiques publiées par le ministère de la Santé de la province du Gauteng, où vivent un quart des Sud-Africains autour de Johannesburg et de la capitale Pretoria, montrent que plus de 23 000 mineures ont accouché entre avril 2020 et mars 2021, dont 934 avaient moins de quatorze ans.

En Afrique du Sud, les maternités précoces contraignent de nombreuses filles, déjà stigmatisées car leurs grossesses sont mal vues ou peuvent signifier un mariage contraint, à quitter l’école et « les enferment dans un cycle de pauvreté et de dépendance à l’égard de l’aide publique », souligne l’ONG.

Des redoublements qui pèsent sur les finances

Et ce ne sont pas les seules mauvaises nouvelles pour ce secteur crucial. De nombreux élèves du système scolaire sud-africain ont dû redoubler, ce qui a pour conséquence une pression fiscale considérable sur le système éducatif. Dans un entretien au Sunday Times, des chercheurs de l’unité de recherche sur les politiques socio-économiques (Resep) de l’université de Stellenbosch estiment que plus de la moitié de tous les élèves âgés de 10 à 12 ans ont dépassé l’âge requis. Un étudiant sur cinq n’est pas au bon niveau. Le groupe estime que le coût annuel d’avoir autant de redoublants dans le système éducatif se situe entre 20 et 29 milliards de rands (soit 2 milliards d’euros), car il faut beaucoup plus d’enseignants pour enseigner à un plus grand groupe d’élèves.

L’Afrique du Sud est le pays du continent le plus touché par le Covid-19, qui compte déjà plus de 2,7 millions de cas et plus de 81 000 morts. Ce pays dont l’économie était déjà en récession avant la pandémie, avait mis en place dès mars 2020 l’un des confinements les plus stricts du monde. La campagne de vaccination a démarré avec difficulté en février. Le pays n’a vacciné à ce jour qu’un peu plus de 14 % de sa population de 59 millions.

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