Au Kenya, 13 morts en une semaine dans les manifestations anti-impôts

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Le bras de fer politique entre le président William Ruto et son rival, le vieil opposant Raila Odinga, a pris une tournure tragique. Sept personnes ont été tuées mercredi lors des manifestations antigouvernementales dans plusieurs villes du Kenya. La veille, les rassemblements avaient été interdits par les autorités, qui ont annoncé leur volonté de «mettre fin à la culture de l’impunité» dans le pays. «Des vies ont été perdues, des dizaines d’agents de la force publique et des civils ont été grièvement blessés et des pertes inimaginables pour l’économie du pays ont été occasionnées», a déclaré dans un communiqué le ministre de l’Intérieur, Kithure Kindiki, dénonçant «la violence généralisée» et «les pillages». Plus de 300 personnes, dont un parlementaire, ont été arrêtées.

Dans le bidonville de Kangemi, à Nairobi, plusieurs dizaines d’enfants ont été hospitalisés, certains inconscients, après que des gaz lacrymogènes ont été tirés près de leurs salles de classe, a raconté à l’Agence France Presse le directeur de la clinique. «Nous avons transporté 53 d’entre eux à l’hôpital et ils sont tous dans un état stable en attendant leur sortie», a-t-il précisé. «Ces rassemblements se déroulent pacifiquement jusqu’à ce que la police décide de les disperser avec des balles et des gaz lacrymogènes», a affirmé Raila Odinga en conférence de presse, accusant la police d’avoir «tiré, blessé et tué des manifestants». Il a expliqué avoir renoncé à faire un discours devant ses partisans dans la capitale par crainte pour leur sécurité.

Cinq jours plus tôt, six personnes avaient déjà été tuées dans les manifestations, dans plusieurs villes kényanes, déclenchées à l’appel de Raila Odinga. Le convoi de l’opposant de 78 ans avait été noyé sous les gaz lacrymogènes à Nairobi. La police avait fait de même pour disperser des rassemblements à Mombasa (sud) et Kisumu (ouest). La Commission des droits de l’homme a demandé l’ouverture d’une enquête sur tous les incidents signalés impliquant la police.

La contestation, déjà très vive, a été relancée début juillet, après que le président Ruto, élu l’an dernier, a promulgué une loi de finances qui instaure une série de nouvelles taxes, prévoyant notamment une hausse de 8 à 16 % de la TVA sur les carburants, ainsi qu’un prélèvement sur les salaires afin de financer un programme de logement à bas prix. Initialement prévu à 3 %, il a été réduit à 1,5 %. Alors que le pays est touché par une forte inflation (8,3 % de hausse annuelle en juillet), ces mesures fiscales sont unanimement dénoncées par l’opposition. L’Etat a pourtant besoin de remplir ses caisses : la dette publique kényane culmine à 65 milliards d’euros, soit environ 67 % du produit intérieur brut, et son remboursement devient de plus en plus coûteux avec la dépréciation continue du shilling.

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