Au Mali, l’armée lance une offensive contre les Touaregs dans le nord du pays

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Bousculée par les groupes djihadistes dans le centre du pays, la junte militaire au pouvoir à Bamako depuis 2020 semble jouer son va-tout en tentant de reprendre pied au nord du pays. Une colonne de l’armée est en route pour Kidal, bastion des rebelles indépendantistes touaregs. Cette offensive signe la fin des accords de paix d’Alger de 2015, jamais réellement mis en œuvre.

Quand on n’arrive pas à gagner une guerre, on essaie d’en gagner une autre. Incapable de venir à bout de l’insurrection djihadiste, qui prend même de l’ampleur dans le centre du Mali, la junte militaire au pouvoir à Bamako depuis août 2020 semble décidée à obtenir une victoire, coûte que coûte, en tentant de rétablir son contrôle sur le nord du pays.

Partie lundi de Gao, une colonne d’une centaine de véhicules blindés des forces armées, épaulés par des mercenaires russes, progresse vers Kidal, bastion de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), la coalition de mouvements indépendantistes touaregs qui contrôle le nord du Mali depuis 2012. Des combats ont déjà eu lieu à mi-chemin, près de Tarkint, à 150 km au sud de Kidal.

On ignore si l’objectif est d’occuper Kidal. Ou plutôt de contourner la ville pour prendre possession de deux bases militaires plus au nord, à Aguelhok et Tessalit, que les Casques bleus de la Minusma doivent évacuer comme le leur a ordonné la junte.

 Notre vaillante armée se battra jusqu’au dernier souffle pour défendre l’intégrité de notre chère patrie, qui est une et indivisible , a claironné le communiqué lu par un officier mardi à la télévision nationale. L’armée malienne n’a jamais digéré sa défaite de 2012, lorsque les Touaregs, alliés à des groupes djihadistes, l’ont chassée du nord du pays et mise en déroute au point de déclencher l’intervention militaire de la France.

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.© Ouest-France

Les accords de paix, signés à Alger en 2015, avaient permis de défaire l’alliance de circonstance entre Touaregs et djihadistes et d’instaurer un cessez-le-feu dans l’Azawad, le nom touareg du nord du Mali. Mais le fond des accords, qui prévoyaient une autonomie accrue dans un pays réunifié et une intégration des combattants rebelles dans l’armée nationale, n’a jamais été mis en œuvre. L’offensive lancée par Bamako les enterre définitivement.

Une aubaine pour les djihadistes

Les escarmouches entre l’armée et la CMA ont en fait commencé en août et sont allées crescendo. À mesure du retrait des Casques bleus de la Minusma, l’armée entend occuper le terrain, ce que refuse la CMA.

La junte a désespérément besoin d’une victoire, elle qui a justifié son coup d’État par l’incapacité du pouvoir à venir à bout des djihadistes et à rétablir la souveraineté de Bamako sur l’ensemble du Mali. Le départ forcé des soldats français, remplacé par des mercenaires russes de Wagner, n’a eu aucun effet. Au contraire, les groupes djihadistes ne cessent de gagner du terrain dans le centre-ouest du pays.

Les camps de l’armée y sont régulièrement attaqués, voire occupés. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à al-Qaïda, a même placé la ville de Tombouctou sous blocus.

Le pire scénario serait que l’offensive contre les Touaregs de la CMA les rapproche de nouveau des groupes djihadistes, en tout cas du GSIM. Depuis cet été, le GSIM et la CMA, qui se sont parfois durement affrontés ces dernières années, semblent éviter la confrontation.

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