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AP- La star argentine du FC Barcelone s’est engagée, mardi soir, pour au moins deux saisons avec le club parisien, propriété de l’émirat depuis 2011.
 
Malgré sa fortune inépuisable, le cheikh Tamim Al-Thani croyait-il seulement pouvoir, un jour, s’offrir un tel joueur pour l’ajouter à sa vitrine sportive ? Dix ans après avoir racheté le Paris-Saint-Germain (PSG), l’émir du Qatar voit le prodige argentin Lionel Messi, meilleur footballeur de ce début de XXIe siècle, revêtir le maillot du club de la capitale.
 
Au terme de cinq jours de tractations menées tambour battant, l’ex-star du FC Barcelone a donné son accord, mardi 10 août, pour évoluer avec l’équipe entraînée par son compatriote Mauricio Pochettino : il s’est engagé, dans la soirée, pour deux saisons, avec une année supplémentaire en option (contre un salaire annuel de plus de 30 millions d’euros, hors primes).
 
En fin de contrat, parti libre du Barça pour des raisons budgétaires, l’attaquant de 34 ans avait atterri dans l’après-midi à l’aéroport du Bourget, où il a été ovationné par plusieurs centaines de supporteurs. Inconsolable dimanche, lors d’adieux théâtraux aux socios blaugrana, les supporteurs de Barcelone, la « Pulga » (« la puce ») a rapidement séché ses larmes. « Ici, c’est Paris », pouvait-on lire sur son T-Shirt blanc choisi pour mieux soigner son arrivée.
 
« Un événement planétaire »
 
Une fois sa visite médicale effectuée à l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), le sextuple Ballon d’or a fait un crochet par le Parc des Princes, le stade du PSG, pour poser avec son nouveau maillot puis saluer les fans parisiens, avant de s’installer à l’Hôtel Royal Monceau, dans le 8e arrondissement de la capitale. Il devait être présenté officiellement lors d’une conférence de presse, mercredi, à 11 heures, dans l’auditorium du Parc des Princes.
 
Les dirigeants du fonds Qatar Sports Investments (QSI) pouvaient-ils mieux célébrer cette décennie passée à la tête du PSG qu’en recrutant le quadruple vainqueur de la Ligue des champions et meilleur buteur de l’histoire du FC Barcelone (672 buts en 778 matchs avec le Barça) ?
 
Le qualifiant d' »événement planétaire », le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Vincent Labrune, souligne que cet achat d’opportunité est le « fruit de la stratégie des dirigeants du PSG ». En l’occurrence, l’Argentin, qui était l’homme d’un seul club depuis son arrivée au centre de formation barcelonais à l’âge de 13 ans, devient la nouvelle tête de gondole de l’émirat gazier sur l’échiquier de la diplomatie sportive.
 
Bâtir une marque
 
La transaction couronne une décennie d’investissements pharaoniques consentis par Tamim Al-Thani pour bâtir une marque dont la notoriété est censée consolider l’image du Qatar à travers le globe. « Les étapes Zlatan Ibrahimovic (2012), David Beckham (2013), Neymar (2017) et maintenant Messi ont été indispensables et déterminantes pour permettre au club de devenir une grande franchise mondiale, souligne Alain Cayzac, ex-président du PSG (2006-2008) sous l’ère du groupe américain Colony Capital et resté proche des Qataris. On envoie un signal quand on donne envie à ce type de joueurs de venir à Paris. »
 
« Le PSG bâtit une marque, pas un club, sourit un fin connaisseur du club, familier du storytelling bâti par QSI. Le football est accessoire dans tout cela, c’est un produit dérivé. Messi, c’est inespéré sur le plan marketing. C’est juste le dernier coup de poker : on fait “tapis” pour arriver flamboyant à la Coupe du monde », qui sera organisée au Qatar en novembre et décembre 2022. Pour Michel Denisot, l’ex-président (1991-1998) du PSG sous l’ère Canal+, « tout est fait par le Qatar pour éblouir le monde en 2022 avec la Coupe du monde et cette équipe fantastique ».
 
Sportivement, le recrutement de Messi est censé permettre au club de décrocher la Ligue des champions avant la tenue du Mondial. Et atteindre cet objectif avant Manchester City, l’autre nouveau riche du continent, propriété depuis 2008 du cheikh Mansour d’Abou Dhabi et bourreau du PSG lors des dernières campagnes européennes – défaite en quarts de finale en 2016 et en demies en mai 2021.
 
Pour le président de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas, « les planètes sont alignées » : « QSI a souhaité se donner les moyens d’arriver au sommet, sur les plans politique et sportif, l’année de la Coupe du monde. » Une compétition que Lionel Messi rêve de remporter enfin avec sa sélection nationale.
 
M. Aulas ne voit « pas le PSG ne pas gagner la Ligue 1 [il a été déchu de son titre par Lille la saison passée] et la Ligue des champions cette saison », après le recrutement de Messi et d’autres stars en fin de contrat, comme l’ex-capitaine du Real Madrid, l’Espagnol Sergio Ramos, le gardien italien du Milan AC Gianluigi Donnarumma et le milieu néerlandais de Liverpool Georginio Wijnaldum.
 
Montée en puissance du PSG version qatarie
 
En pleine crise économique due au Covid-19 et au sortir du conflit autour du projet avorté de Super Ligue, qui a opposé en avril l’Union des associations européennes de football (UEFA) à quelques clubs sécessionnistes (Juventus Turin, FC Barcelone et Real Madrid), l’arrivée de Lionel Messi à Paris illustre la montée en puissance du PSG et de son influent président, Nasser Al-Khelaïfi, sur la scène continentale.
 
« Les États investisseurs [Qatar, Emirats arabes unis] ont réussi à prendre une forme de pouvoir sur les plans sportif et politique, estime M. Aulas. Ces deux dernières années terribles leur ont donné le moyen d’aller au bout de leur logique. »
 
Incarnation du FC Barcelone durant plus de deux décennies, Lionel Messi ne risque-t-il pas d’écorner sa légende de joueur loyal et bâtisseur ? « Le club et sa vision sont en parfaite adéquation avec mes ambitions », a déclaré, mardi soir, l’Argentin, qui n’a jamais caché son souhait de quitter un jour l’Europe pour terminer sa carrière aux États-Unis.
 
« Messi, à Barcelone, est une œuvre quasi authentique. A Paris, il devient une marchandise, relève un fin connaisseur des arcanes du PSG. Il rejoint un club qui est “més que un club” [« plus qu’un club », la devise du Barça]. » La vitrine d’un État, dont l’ambition, bien au-delà du football, semble insatiable.