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Échanges de coups de poing, injures, invectives, menaces, insultes… . L’Assemblée nationale a été transformée en ring de boxe, ce vendredi 25 juin, lors du vote des projets modifiant la loi pénale. Une situation inquiétante qui décrédibilise davantage l’institution parlementaire, d’après des spécialistes contactés.
 
Les députés ont encore une fois fait parler d’eux, vendredi dernier. Et ils continuent de se faire remarquer, mais avec la pire des manières. De la bagarre spectaculaire entre Ousmane Sonko et Amadou Mbéry Sylla aux menaces de Aliou Dembourou Sow de sortir ses machettes contre Toussaint Manga, aux vulgaires insultes proférées par celui-ci, le comportement des parlementaires inquiète plus d’un suscitant ainsi de vives réactions notamment sur les réseaux sociaux. Mais en réalité, ces attitudes ne sont pas nouvelles chez les députés qui n’hésitent pas à en venir aux mains sous le regard des caméras.
 
Spécialiste de la communication, Jean Sibadioumeg Diatta souligne que même si l’Assemblée nationale a toujours été un lieu de débats souvent houleux, la dernière législature a habitué les Sénégalais à la prédominance d’une certaine violence sur toutes ses formes. « Cette violence, caractéristique de notre nouvelle société, se retrouve dans ce lieu hautement symbolique », a fait remarquer l’enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck (Uasz) de Ziguinchor. Il est d’avis que l’attitude des députés ternit plus l’image de l’institution parlementaire que celle de leurs formations politiques respectives. Car, à l’Hémicycle, on parle plus de groupes parlementaires que de partis. « En communication, la question de l’image est centrale car tout tourne autour d’elle. Malheureusement, cette image du député ternit fortement celle de l’institution et on est en face d’une certaine désacralisation de l’Assemblée nationale », a-t-il rappelé. « Cette violence finit par banaliser la fonction de député », a fait savoir notre interlocuteur.
 
« Revoir les modalités de choix des députés »
 
Ce qui fait dire au docteur en Sciences du langage que le choix des parlementaires doit être revu au Sénégal. « Le profilage passe inévitablement par le changement de mode de désignation du député. Il doit être choisi à la base par les électeurs en fonction de critères bien définis et non pas par le leader politique », stipule Jean Sibadioumeg Diatta. Selon lui, le meilleur profil d’un député est celui qui n’est « pas redevable au président de la République, mais aux populations à la base qui l’ont élu ».
 
Tout comme M. Diatta, le Professeur Moussa Diaw, enseignant-chercheur en science politique à l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, considère que « l’on doit revoir les modalités de choix des députés dans un système représentatif. Plutôt que de procéder par une liste dressée par le Président sur des considérations subjectives qui font du député un acteur soumis à l’Exécutif, il faut élire le député au suffrage universel direct en fonction de la représentativité départementale faisant de lui un porte-voix de ses concitoyens, défenseur de l’intérêt général » a-t-il recommandé. A l’en croire, c’est ainsi que le parlementaire pourra jouer « pleinement » son rôle de représentant du peuple et rendre compte dans la circonscription qui l’a porté à l’Hémicycle. « Cela suppose aussi, d’après l’analyste politique, qu’il ait des compétences afin de mieux traduire les problèmes devant la représentation nationale ».
 
Réformer les textes
 
Pour le politologue, il se pose effectivement la question de niveau de compréhension découlant des exigences de la fonction de député. Alors, faudra-t-il établir des critères pour cette fonction importante dans une démocratie représentative ? A son avis, « une réflexion doit être menée dans ce sens car beaucoup d’insuffisances ont été notées relativement au rôle du député. Surtout quand des lois importantes engageant l’avenir du pays et des générations sont soumises à l’appréciation des députés pour les mettre en œuvre conformément aux attentes des citoyens et à l’Etat de droit en toute indépendance », a expliqué Moussa Diaw.
 
Quoi qu’il en soit, conclut le communicant Jean Sibadioumeg Diatta, « il se pose surtout le problème de l’indépendance de l’institution parlementaire vis-à-vis de l’exécutif. L’interférence du Président élu sur le fonctionnement de l’Assemblée nationale influe sur la qualité des élus et une réforme des textes s’impose ».

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