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AP- Le variant Omicron pourrait-il s’en aller aussi vite qu’il est arrivé ? Alors que l’Organisation mondiale de la Santé s’inquiète de la déferlante de ce variant du Covid-19 sur le monde et prévient ce mardi 28 décembre que ce variant extrêmement contagieux provoquera « un grand nombre d’hospitalisations », des voix s’élèvent, moins pessimistes, s’appuyant notamment sur le cas de l’Afrique du Sud où le variant a été découvert.

« Une hausse rapide d’Omicron, comme celle que nous observons dans plusieurs pays, même si elle se combinait avec une maladie légèrement moins grave, entraînera tout de même un grand nombre d’hospitalisations, notamment parmi les non-vaccinés », assure donc, lapidaire, Catherine Smallwood, une des principales responsables de l’OMS Europe.

La spécialiste a en outre appelé à prendre les données préliminaires sur un risque moindre d’hospitalisation « avec prudence » car pour l’heure les cas observés concernent surtout des « populations jeunes et en bonne santé dans des pays avec des taux élevés de vaccination ».

Pour certains experts, une plus grande contagion peut annihiler l’avantage représenté par un variant moins dangereux, alors que de nombreux pays annoncent des contagions records depuis le début de la pandémie. Les experts ne savent pas non plus si cette gravité apparemment moindre vient des caractéristiques intrinsèques du variant, ou si elle est liée au fait qu’il frappe des populations déjà partiellement immunisées (par le vaccin ou une précédente infection).

Biden refuse la « panique »

A rebours de la panique mondiale et des mesures de restrictions supplémentaires prises dans de nombreux pays, les Etats-Unis se sont montrés très confiants lundi, le président américain Joe Biden appelant ses concitoyens à ne pas céder à la « panique » face à la forte hausse des contaminations quotidiennes au Covid-19. « Omicron est une source d’inquiétude mais ne devrait pas être une source de panique. »

La propagation de ce variant hautement contagieux, identifié en Afrique du Sud en novembre, n’aura pas le même impact que la première vague de Covid-19 il y a un an ou que le variant Delta cette année, a estimé le président américain, en raison de la campagne massive de vaccination et du dépistage.

« Parce qu’il y a eu tant de vaccinations et de troisièmes doses, nous ne voyons pas les hospitalisations augmenter autant » qu’avant, a affirmé Joe Biden, alors que 72 % de la population a reçu au moins une injection.

Même confiance apparente du côté du principal conseiller de la Maison-Blanche dans la lutte contre la pandémie Anthony Fauci, qui, sur la radio publique NPR, a espéré que la hausse vertigineuse des cas positifs allait atteindre un pic avant de redescendre, comme en Afrique du Sud. C’est « peut-être dû à la saturation, c’est-à-dire que le variant a atteint toutes les cibles vulnérables » comme les personnes non vaccinées, a-t-il estimé.

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Un pic déjà atteint en Afrique du Sud ?

Le variant Omicron a en effet été signalé pour la première fois en Afrique du Sud, ce qui, rappelons-le, ne signifie pas que le variant soit apparu dans le pays. L’évolution de l’épidémie dans le pays est néanmoins intéressante à observer pour les pays frappés par la vague d’Omicron, même si de nombreux paramètres diffèrent entre l’Afrique du Sud, les Etats-Unis et la France : le taux de vaccination, la saisonnalité (l’Afrique du Sud est actuellement en plein été, chaud et humide), les politiques de dépistage, etc.).

Pour éclairer notre analyse, nous avons décidé d’ajouter à nos observations le Danemark et le Royaume-Uni, deux pays touchés très tôt par la vague d’Omicron : le variant est déjà majoritaire au Royaume-Uni et le sera probablement très vite au Danemark.

Nombre de cas de Covid confirmés

L’étude des courbes du nombre de nouveaux cas quotidiens par million d’habitants (en moyenne lissée sur 7 jours) nous permet d’abord de voir l’ampleur inédite de la vague liée à l’action combinée du Delta et d’Omicron. La plupart des pays ont explosé leur record de nouveaux cas, voire ne cessent de percer le plafond des graphiques depuis plusieurs jours.

Au Danemark, par exemple, le nombre de cas annoncés en 24 heures a atteint un nouveau sommet de 16 164 tests positifs, franchissant pour la première fois la barre des 15 000 depuis le début de la pandémie, selon les données officielles des autorités sanitaires. Idem pour la France, qui a enregistré plus de 100 000 nouveaux cas samedi et près de 180 000 cas ce mardi, un record depuis le début de la pandémie. Le graphique permet en outre, en effet, d’observer une baisse du nombre de nouveaux cas en Afrique du Sud, depuis le pic atteint le 18 décembre.

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Mais, comme nous ne cessons de le répéter, la courbe des nouveaux cas ne suffit pas pour étudier l’épidémie, sans celle du nombre de tests effectués (et donc du taux de positivité des tests). Épargnons-nous, en effet, l’éternelle rengaine : « Il y a plus de cas positifs car on teste plus. » Voici donc les courbes de nombre de tests effectués par les mêmes pays (en nombre de tests pour 1 000 habitants), ainsi que le taux de positivité de ces tests (le pourcentage de tests positifs parmi l’ensemble des tests effectués).

Nombre de tests effectués


Vidéo: Afrique du Sud : Omicron serait moins dangereux que prévu (expert) (Euronews)

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Afrique du Sud : Omicron serait moins dangereux que prévu (expert)

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Positivité des tests effectués

On y voit qu’en effet, les pays occidentaux analysés ont explosé leurs records de nombre de tests, sans doute en raison des fêtes de fin d’année, ce qui explique en partie (et pour l’instant) l’ampleur des vagues dans ces pays. Les taux de positivité des tests ne battent, en revanche, pas de record pour l’instant, excepté au Danemark. Cela pourrait également être le cas prochainement aux Etats-Unis.

Revenons au cas de l’Afrique du Sud, qui n’a pas beaucoup plus testé durant cette vague que lors des précédentes (et qui surtout teste énormément moins que les autres pays analysés) : son taux de positivité a établi un nouveau record à plus de 35 %, soit plus d’un test sur trois revenu positif ! Mais, ici encore, la courbe baisse depuis plusieurs jours, ce qui signifie que la baisse du nombre de cas n’est pas uniquement due à la baisse du nombre de tests. L’épidémie recule bel et bien, alors même que le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a fait le choix de ne pas durcir les restrictions dans son pays.

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Et à l’hôpital ?

Beaucoup plus contagieux, sans doute moins virulent : un mois après son identification en Afrique du Sud, les scientifiques commencent à mieux cerner le variant Omicron, sans pouvoir encore dire à quel point il changera le visage de la pandémie de Covid-19. De premières études venues d’Afrique du Sud, d’Ecosse et d’Angleterre la semaine dernière montrent qu’Omicron semble entraîner moins d’hospitalisations que Delta.

Plus contagieux mais moins de risque d’hospitalisation : les caractéristiques d’Omicron précisées

Vérifions cela en graphique :

Nombre de nouvelles admissions hebdomadaires à l’hôpital depuis mars 2020.

La lecture du graphique n’est pas des plus aisées, mais on le voit aisément, les admissions hebdomadaires à l’hôpital (par million d’habitants) sont bien plus faibles, pour l’instant, que les records établis par les différents pays. On observe également qu’avec un record de positivité des tests, l’Afrique du Sud n’a pas observé de violente déferlante sur ses hôpitaux. Le nombre d’admissions y a ainsi été bien plus faible qu’en janvier ou en juillet 2021.

Autre élément intéressant, lorsque l’on zoome sur les dernières semaines : les courbes s’infléchissent pour certains pays, comme la France et l’Afrique du Sud.

Zoom sur les admissions hebdomadaires à l’hôpital (par millions d’habitants)

Deux cas qui ne sont en revanche pas comparables : si le nombre d’admissions ralentit en Afrique du Sud, c’est parce que le nombre de cas liés à la vague d’Omicron a commencé à baisser depuis presque 15 jours désormais. En revanche, la très faible baisse du nombre d’admissions en France est, pour l’instant, difficile à analyser. Il s’agit en effet probablement des effets de la stagnation du nombre de nouveaux cas du variant Delta, atteinte il y a quelques semaines dans le pays. Les éventuelles admissions à l’hôpital dues au variant Omicron n’étant pas encore visibles dans le graphique, car trop récentes. Il est donc probable que le ralentissement continue en Afrique du Sud, alors que la courbe s’inversera en France, sauf si le taux de vaccination en France, plus élevé qu’en Afrique du Sud, lui permet de mieux passer la vague d’Omicron… Réponse dans quelques semaines.

Si Omicron semble avoir moins éprouvé les hôpitaux sud-africains que les précédentes vagues, le variant n’en reste pas moins mortel. Le nombre de décès quotidiens (par million d’habitants) a ainsi connu une nouvelle vague en Afrique du Sud. Mais elle est, pour l’instant, bien plus faible que les précédentes et semble déjà ralentir, voire commencer sa décrue.

Nombre de décès par millions d’habitants depuis février 2020.

Si l’on zoome sur la situation des derniers mois, on s’aperçoit encore plus clairement du faible nombre de décès de ces dernières semaines, en comparaison de la vague de décès de juillet-août-septembre.

Zoom sur le nombre de décès, depuis juin 2021.

Est-ce à dire que la vague d’Omicron attendue en France et dans les autres pays occidentaux ne sera pas meurtrière ? Il est encore bien trop tôt pour le dire. La plupart de ces pays (excepté le Royaume-Uni) connaissent plutôt, actuellement, une hausse du nombre de décès. Toutefois, celle-ci n’est vraisemblablement pas due au variant Omicron, arrivé trop récemment sur leur sol, mais au variant Delta. Comment la situation en termes de décès évoluera-t-elle dans les prochaines semaines ? C’est pour l’instant l’inconnue, car, une nouvelle fois, la situation de l’Afrique du Sud, avec une vaccination moindre mais des vagues précédentes très violentes et qui est actuellement en plein été, n’est pas comparable à celle des pays occidentaux.

Une vague « éclair » ?

Si l’Afrique du Sud semble avoir traversé la vague d’Omicron sans paralyser son système hospitalier et sans trop de décès, est-il possible de prévoir la situation dans les prochaines semaines dans les autres pays ? Pour tenter de répondre, intéressons-nous au facteur de reproduction du virus, le fameux « R » (s’il est supérieur à 1, l’épidémie s’étend, s’il est inférieur à 1, elle reflue).

Le taux de reproduction du virus, depuis novembre 2021

Sans surprise, nous pouvons constater que le taux de reproduction est, au 22 décembre (dernier chiffre disponible), supérieur à 1 dans tous les pays que nous étudions dans cet article. Y compris en Afrique du Sud, qui a connu une hausse brutale de son taux de reproduction, qui a même dépassé 2, début décembre, avant de rapidement refluer pour se stabiliser autour de 1. Il est même, en toute logique, en dessous de 1 actuellement, puisque le nombre de cas et la positivité des tests sont en baisse, mais nous ne pourrons le confirmer que lorsque les derniers chiffres seront disponibles.

Pour les autres pays, nous notons différents cas de figure : une hausse rapide de R aux Etats-Unis, désormais avec un R égal à 1,3 environ, une hausse plus rapide encore à 1,4, puis une baisse à 1,3 au Royaume-Unis, une stagnation en France, autour de 1,2 et, enfin, une récente baisse au Danemark, dont le R est passé de 1,3 à moins de 1,1 entre le 15 et le 22 décembre. Si le pic de la vague n’a été atteint dans aucun de ces pays, on note donc clairement une forme de ralentissement au Danemark (qui continue encore à battre des records de nouveaux cas). Le pays pourrait voir la courbe de ces nouveaux cas s’inverser dans les prochains jours, si la dynamique continue. En revanche, la dynamique n’est clairement pas bonne pour le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

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Quant à la France, la courbe connaissait une forme de lent ralentissement lent mais ne devrait pas manquer de remonter dans les prochains jours, au vu de l’explosion du nombre de cas et de la très récente hausse du taux de positivité des tests. Deux scénarios se dessinent dès lors : soit les récentes mesures de restrictions prises par le gouvernement suffiront à inverser la tendance, soit, comme le déclare Anthony Fauci pour l’Afrique du Sud, la France devra attendre une hypothétique « saturation » avant de voir les courbes repartir à la baisse.