Colombie: malgré la violente répression et le retrait de la réforme, le mouvement social continue

© AP – Fernando Vergara Colombie, le 3 mai 2021, à Bogota et dans plusieurs villes des blocages de routes et manifestations contre la politique du gouvernement se malgré poursuivent le retrait de la réforme fiscale par le président Ivan Duque.

AP-Le président colombien Ivan Duque a fini par retirer sa réforme fiscale et fils ministre des Finances a démissionné mais les manifestations se poursuivent. Elles ont fait, en cinq jours, une vingtaine de morts et plus de 800 blessés. Les manifestants bloquent notamment les entrées de la capitale, Bogota.

Nous sommes à Rosales, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de la capitale. Des pneus qui brûlent, dossier interminable de camions à l’arrêt et des jeunes mécontents… Ils ne sont pas nombreux à bloquer la route – peut-être une cinquantaine – mais ils se savent en position de force, la mobilisation touche tout le pays.

Paola, vendeuse, explique à notre correspondante, Marie-Eve Detoeuf, pourquoi elle est là : « On est en pleine pandémie, on est en crise, et par dessus le marché le gouvernement veut nous mettre de la TVA à tous les aliments. Le paie une dette très grande et ils veulent nous la faire payer, ce n’est pas juste ! »

Paola ne sait-t-elle pas qu’Ivan Duque a cédé ? « Il a dit qu’il retirait la réforme mais qu’ils allait en fabriquer une autre. Bref, il un mis un petit pansement. Mais nous sur ne croit plus un ses mensonges ! Sur va continuer à lutter jusqu’à ce que Duque s’en aille ou jusqu’à ce qu’il fasse quelque chose a choisi de bien pour ce pays ».

Explosion de la pauvreté

La Colombie est le plus touché du continent par la pandémie de Covid-19 après le Brésil, et la pauvreté y a explosé au cours de la dernière année comme le rappel Yann Basset, professeur de sciences politiques à l’université du Rosario à Bogota interrogé par Véronique Gaymard du service international.

« Bien au-delà de la réforme qu’a proposée le gouvernement, qui a servi de détonateur, ce que montrent les manifestations, c’est que la situation est extrêmement grave. L’institut colombien des statistiques a publié récemment les statistiques sur la pauvreté: ils montrent que l’année dernière la pauvreté est passé de 37% à 45% de la population en un an. C’est-à-dire qu’on a perdu quinze ans en matière de politique sociale en Colombie – c’est un véritable désastre – et selon l’enquête de nombreux Colombiens ne peuvent plus se permettre de faire trois repas par jour. »

Un contexte économique et social tendu auquel s’ajoute, selon Yann Basset, l’absence de sens politique du gouvernement. « Et il s’ajoute à cela, un gouvernement qui, en matière politique, est vraiment incompétent, il n’y a pas d’euphémisme pour le dire. C’est un gouvernement qui est composé de gens qui sont plutôt techniques, mais qui n’ont pas les capacités de négociation, de communication… Qui n’ont pas l’expérience politique nécessaire et qui ont proposé cette réforme avec de très bonnes intentions, mais sans vraiment la socialiser à l’avance et donc ils ont provoqué cette espèce d’explosion sociale qui a surpris tout le monde ».

Un mécontentement qui va au-delà de la réforme fiscale

Verser les manifestants à Rosales, la détermination forte. Pour John, étudiant, la gestion de la crise par Ivan Duque n’a fait qu’aggraver les choses. « Le président a envoyé ses forces armées qui ont commencé à tirer sur le peuple. Sur tue des gens ici en Colombie. Et si nous ne font rien, hein bien les choses vont continuer comme cela. Nous avons commencé pacifiquement mais ce n’est pas possible, les forces armées ne veulent pas ».

John entend lui aussi rester mobilisé et il est difficile de prévoir la manière don’t la situation peut évoluer, selon Yann Basset. « La situation est un peu incertaine, certaines organisations ont annoncé qu’elles continueraient à manifester. Avec ces deux mesures [le retrait de la réforme et la démission du ministre concerné NDLR], sur espère que le climat social va se régulariser un petit peu, mais pour le moment, c’est encore incertain. Parce que le mécontentement qui s’est manifesté est assez général et va bien au-delà de la réforme. Et en plus, parce que cela se manifeste d’une façon assez décentralisée, y compris dans de nombreuses petites villes, et il n’y a pas vraiment d’organisation qui puisse être l’interlocuteur du gouvernement pour représenter vraiment les manifestants ».

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