October 19, 2021
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AP- C’est à lui qu’est revenu le douteux honneur d’essuyer les plâtres, à La Haye, des nouvelles chambres spécialisées chargées de juger les crimes imputés à l’ancienne guérilla de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK). Pourtant, à la veille de son arrestation et de son transfert à la prison de Scheveningen, le 20 septembre 2020, Salih Mustafa était largement inconnu de l’opinion publique. Son procès s’est ouvert ce mercredi. Portrait.

Durant la guerre, sous le nom de commandant Cali, Salih Mustafa dirigeait une unité spéciale de l’UÇK, forte de 500 à 600 combattants, qui opérait dans la zone de Llap, au nord-est du Kosovo, entre Pristina et la frontière serbe.

Le Tribunal spécial pour le Kosovo l’accuse de « détention arbitraire, traitements inhumains, actes de torture et homicides » commis au cours du mois d’avril 1999, dans le cadre d’une « opération criminelle commune » qui avaient pour but « d’interroger et de maltraiter des prisonniers ».

L’accusation affirme que les prisonniers, détenus dans le village de Zllash, étaient privés d’eau, de nourriture et de services d’hygiène élémentaire, soumis à différentes tortures, dont des brûlures et des décharges électriques. Ils auraient aussi subi « des menaces de mort, la peur et des humiliations », en vue de leur extorquer des aveux forcés.

L’accusation précise que Salih Mustafa aurait ordonné aux membres de son unité de pratiquer ces tortures et s’y serait lui-même livré. Le procureur Jack Smith a confirmé que toutes les victimes étaient bien « des civils albanais, pas des espions ou des ennemis du Kosovo ».

Pour sa part, Salih Mustafa a confirmé dès l’ouverture de l’audience qu’il entendait bien plaider non coupable, avant de qualifier le tribunal de « bureau de la Gestapo ».

Un nationaliste très vite affirmé

Né en 1972 à Pristina, Salih Mustafa s’est engagé dès ses années d’études dans le bouillonnement nationaliste albanais des années 1980, avant que la chape de plomb de la répression du régime de Slobodan Milosevic ne s’abatte sur le Kosovo.

Nebih Fazliu, un de ses anciens camarades d’université cité par le site Balkan Insight, explique qu’il avait créé un groupe nommé « Justice », qui organisait des concerts et des activités culturelles sur le campus de Pristina. Salih Mustafa n’a, ensuite, pas tardé à rejoindre les groupes nationalistes clandestins d’inspiration marxiste-léniniste.

En 1993, il fut l’un des cofondateurs du Mouvement populaire pour la libération nationale du Kosovo (LKÇK), une dissidence du Mouvement populaire du Kosovo (LPK), également clandestin, dont sont issus la plupart des dirigeants de la future UÇK, comme Hashim Thaçi.

Cet engagement valut à Salih Mustafa d’être arrêté pour « activités anti-yougoslaves » et de passer trois ans et demi derrière les barreaux de la sinistre prison de Dubrava.

Alors que les différents groupes clandestins albanais se menaient une concurrence sans merci, redoutant les traîtres et les agents infiltrés, le LPK et le LKÇK trouvèrent un terrain d’entente : dès le début des combats, en 1998, les maquis de la région de Llap furent placés sous la responsabilité politique et organisationnelle de ce dernier groupe, qui conserva jusqu’au bout sa raideur idéologique et son admiration pour le régime stalinien albanais d’Enver Hoxha.

Une arrestation qui a surpris

Après la guerre, les cadres du LPK et de l’UÇK créèrent le Parti démocratique du Kosovo (PDK), appelé à dominer la vie politique du petit pays durant deux décennies. Ils s’empressèrent également de mettre l’économie du Kosovo en coupe réglée, pour leur plus grand profit personnel.

Les anciens militants du LKÇK sont toujours restés plus discrets, et Salih Mustafa avait choisi de rester fidèle à une carrière de l’ombre. En 2006-2007, il conseilla Agim Çeku quand celui-ci devint brièvement Premier ministre. Ce militaire de carrière, ancien chef opérationnel de la guérilla, avait en commun avec lui de ne pas être issu du vivier clandestin du LPK.

Pour le reste, Salih Mustafa fut responsable du renseignement auprès du Corps de protection du Kosovo (TMK), une unité civilo-militaire chargée de « recaser » les anciens guérilleros, puis du ministère de la Défense du Kosovo. Le ministère et les forces de sécurité du Kosovo ont confirmé qu’il avait passé tous les tests de sécurité exigés par l’Otan pour occuper de telles fonctions.

Son arrestation avait même surpris les bons connaisseurs du dossier, car les Chambres spécialisées ont été créées à la suite du retentissant rapport du député suisse Dick Marty sur les crimes de l’UÇK, qui se concentre sur les exactions attribuées au « noyau central » de l’ancienne guérilla – les proches d’Hashim Thaçi, tous sortis du moule du LPK – et n’évoque jamais celles imputables aux maquis de la zone de Llap.

 
 
 
 
 

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