0 7 minutes 3 semaines
AP-A Lagos, Tade Balogun doit planifier ses déplacements bien en avance pour s’éviter le calvaire d’attendre des heures dans des embouteillages monstres qui paralysent la ville de 20 millions d’habitants aux services publics quasi-inexistants.

Chaque jour, M. Balogun part au travail avant l’aube, finit sa journée et attend jusqu’à 21H pour éviter les monstrueux « go-slow » (embouteillages en pidgin nigérian), faits de milliers de voitures et de camions sur des routes abimées où les vendeurs à la sauvette se faufilent dangereusement entre les voies.

Comme ce consultant de la capitale économique du Nigeria, beaucoup en Afrique doivent jongler avec l’absence ou l’inefficacité des transports en commun que les autorités locales essaient de développer, un défi immense mais vital à l’heure où le continent est confronté à une urbanisation croissante et à une explosion démographique.

Selon les Nations unies, la planète comptera bientôt 8 milliards d’humains. A la fin du siècle, les trois villes les plus peuplées au monde seront Africaines.

Déjà l’une des villes abritant le plus d’âmes sur le continent, Lagos deviendra la plus peuplée au monde en 2100, selon une étude.

La façon dont elle gèrera cette explosion démographique pourrait inspirer les autres mégapoles africaines, comme Kinshasa (RD Congo) ou Dar Es Salaam (Tanzanie), qui complèteront le podium des villes les plus peuplées au monde en 2100.

L’Etat de Lagos assure avoir des plans ambitieux – que les sceptiques qualifient de « fantaisistes » -, notamment la création d’un nouvel aéroport et d’un réseau de transports publics (trains, bus, ferry).

– Futures mégapoles –

Mais comment intégrer les vastes réseaux informels de transports dont dépendent des millions de personnes? Comment fournir des logements et de l’électricité ? Autant de questions posées par les urbanistes tant les défis sont immenses.

Effectuer un recensement serait une première étape, rendu compliqué par le nombre de quartiers informels, explique Muyiwa Agunbiade, professeur de développement urbain à l’université de Lagos.

« Si vous ne connaissez pas le nombre d’habitants, c’est difficile pour nous de planifier ».

L’Institut des « Global Cities » de l’université de Toronto estime que les trois villes les plus peuplées au monde en 2025 seront situées en Asie: Tokyo, Bombay et Delhi.

Progressivement, les villes africaines prendront ensuite le relais.

Le mois dernier, la présidente de la Tanzanie Samia Suluhu Hassan a alerté sur les défis posés par cette démographie galopante, la population de Dar Es Salaam, capitale économique, devant doubler pour atteindre les 10 millions d’ici 2030.

De son côté, Lagos, économie majeure en Afrique de l’Ouest, devrait abriter 88 millions d’habitants dans 80 ans seulement, soit plus que la population actuelle de l’Allemagne.

« Pour que l’économie de n’importe quelle ville prospère, votre système de transport doit être adéquat et efficace », insiste auprès de l’AFP la directrice de l’autorité des Transports de l’Etat de Lagos, Abimbola Akinajo.

« C’est une grande partie de ce que nous devons mettre en place pour que la ville fonctionne correctement ».

Mais certains de ses quartiers se transforment en une masse chaotique de véhicules s’évitant les uns les autres, en particulier les minibus jaunes Danfo omniprésents, réseau informel de transport public.

« Le Nigeria est-il censé être OK comme ça ? Tous ces embouteillages », souffle Ayo Babatunde Ogunleyimu, conducteur d’un Danfo plein à craquer.

– Enfin, un train ? –

Lagos a beau être une puissance économique et abriter les superstars de l’afropop, ses habitants bricolent pour avoir accès à l’eau et l’électricité.

Dr Lindsay Sawyer, du département d’urbanisme de l’université de Sheffield, assure que pour offrir des transports durables à Lagos, il faut maintenir des coûts bas.

« Les Danfo sont toujours présents partout parce qu’ils restent l’option la plus abordable », estime M. Sawyer.

Depuis des années, les autorités de Lagos peinent à finaliser une ligne ferroviaire, longtemps retardée.

Mme Akinajo admet des problèmes de financement mais assure que la première partie de la « Blue Rail Line » sera terminée d’ici la fin d’année.

« Le plus gros problème est celui de la mise en oeuvre », insiste le professeur Agunbiade. Mais si la ligne fonctionne, « cela changera radicalement la donne ».

En Tanzanie, Dar Es Salaam a déjà enregistré plusieurs succès avec ses lignes de bus rapides dédiées, qui, grâce à des routes élargies, ont réduit la congestion sur une artère principale.

« Les bus rapides nous aident », témoigne Saidi Jongo, habitant de « Dar ». « Au moins, plus d’embouteillages ».

– « Maison de fous » –

Pour ce qui est de Kinshasa, capitale de la RDC, la donne est tout autre. Une guerre civile au début des années 2000 et des violences en 2016 ont ajouté des déplacés à une population galopante.

Des masses de gens y « font les pieds » (marchent) sur de longues distances, tandis que les routes sont souvent bloquées en raison d’embouteillages monstres.

En mauvais état dans la plupart des cas, les transports en commun, assurés par des taxis et autres mini-bus sont surnommés « esprit de mort ».

« Quand on voit la taille des embouteillages et la masse de gens qu’il y a autour (…), on se rend compte que le transport routier ne peut pas résoudre le problème de mobilité de la population », estime Martin Lukusa, directeur général de la société commerciale des transports et ports (SCTP), l’entreprise publique.

Lagos essaie par exemple de développer un réseau de ferry sur ses lagunes. Mais les financements sont quasi-introuvable car le coût de transport est plus élevé.

Alors, la plupart des habitants de la banlieue, harassés, attendent toujours de meilleures solutions.

« C’est une maison de fous », s’énerve Ochuko Oghuvwu, gérant d’un courtier en bourse, qui fait 20 heures de trajet par semaine. « A l’heure qu’il est, Lagos devrait avoir une ligne de métro ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *