August 4, 2021
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AP- Le président américain Joe Biden a appelé lundi les responsables politiques haïtiens à « s’unir », alors que le pays est plongé dans l’instabilité depuis l’assassinat de son président. Robert Fatton, maître de conférences à l’Université de Virginie, aux États-Unis, était l’invité du journal d’Haïti et des Amériques, ce mardi.

Né en Haïti, Robert Fatton a consacré à ce pays plusieurs ouvrages et plaide pour une solution haïtienne à la crise.

RFI : Les États-Unis encouragent les acteurs politiques haïtiens à trouver eux-mêmes un accord. Aujourd’hui, deux Premiers ministres – Claude Joseph et Ariel Henry – et un président du Sénat, Joseph Lambert, choisi pour être chef d’État intérimaire, se disputent le pouvoir. À qui parlent les États-Unis ? Quel est leur interlocuteur ?

Robert Fatton : Les États-Unis parlent à tout le monde. Mais Helen La Lime [la cheffe du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH)], qui est Américaine, avait clairement déclaré que Claude Joseph était le chef de gouvernement et qu’il le resterait jusqu’aux élections, si elles se tenaient rapidement. Il existe des divisions sur la question au sein de la société haïtienne. Il faut espérer que les Haïtiens arriveront à trouver une solution haïtienne. Des groupes de la société civile veulent d’ailleurs entrer dans ces négociations. S’il n’y a pas de gouvernement d’union nationale, les choses peuvent se gâter et mener à une intervention étrangère.

Cela veut dire que la communauté internationale – les États-Unis en premier lieu – doivent jouer un rôle de médiateur pour faire émerger ces interlocuteurs et les réunir autour d’une même table ?

Il faut encourager les Haïtiens à le faire eux-mêmes. Ce n’est pas une bonne chose que les Américains s’en mêlent directement. Ils sont toujours dans la politique haïtienne qu’on le veuille ou non, mais les Haïtiens sont méfiants, car les États-Unis ont plusieurs fois occupé le pays. Pourtant, certaines personnalités politiques haïtiennes continuent d’appeler à une intervention des États-Unis.

C’est le cas de Claude Joseph, le Premier ministre par intérim. Comment expliquez-vous qu’il ait été si prompt à faire appel aux États-Unis ?

Je crois que le gouvernement est très faible. Il y a des divisions internes au parti de Jovenel Moïse, qui s’ajoutent aux divisions du paysage politique haïtien. Ce qui unissait les partis d’opposition, c’était la personnalité très contestée du président. Le départ de Jovenel Moïse laisse place à un grand vide et à une lutte de tous les acteurs politiques haïtiens pour le pouvoir.

Les États-Unis et l’ONU ont-ils raison de pousser à des élections présidentielles et législatives dès le mois de septembre ?

C’est véritablement de la folie de tenir des élections dans le contexte actuel. Au-delà de la crise que connait Haïti, l’insécurité liée à la présence des gangs dans les villes, notamment à Port-au-Prince, et l’absence d’appareil bureaucratique libre et démocratique, ne permet pas d’organiser des élections légitimes. Avoir des élections maintenant entraînerait une crise profonde car toute personne élue serait perçue comme illégitime. La solution à pousser est celle d’un gouvernement d’union nationale qui organiserait les élections d’ici un an, au plus tôt. Cela permettrait d’avoir le temps d’apaiser la situation politique, d’organiser l’appareil qui pourrait conduire à de bonnes élections et de ramener la sécurité dans les grandes villes. Sinon nous aurons des élections bâclées.

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