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AP- À 55 ans, William Ruto a été déclaré lundi vainqueur de la présidentielle au Kenya face à Raila Odinga, selon des résultats annoncés par le président de la Commission électorale (IEBC), mais rejetés par la majorité des membres de cet organe indépendant. Wafula Chebukati a annoncé que le vice-président sortant Ruto avait cumulé plus de 7,17 millions de votes, soit 50,49 % des voix, contre 6,94 millions, soit 48,85 % pour Raila Odinga, figure historique de l’opposition soutenue cette année par le pouvoir, remportant l’une des élections les plus serrées de l’histoire du pays.

« Conformément à la loi, je [?] déclare par la présente que Ruto William Samoei a été dûment élu président », a déclaré Wafula Chebukati, ajoutant dans un contexte de pression extrême avoir subi « intimidations et harcèlement ». William Ruto devient le cinquième président du Kenya et le premier membre de l’ethnie kalenjin à être élu chef d’État depuis vingt ans, succédant à deux présidents de la communauté kikuyu, dont le sortant Uhuru Kenyatta.

Le porte-parole des « débrouillards »

L’ambitieux vice-président avait âprement fait campagne ces dernières années tandis qu’il était mis sur la touche par une alliance inattendue entre Kenyatta et Odinga, travaillant à polir sa réputation sulfureuse. Cet enfant d’une famille modeste de la vallée du Rift devenu l’une des premières fortunes du pays aime à rappeler son histoire de self-made-man parti de rien et s’est proclamé porte-parole des « débrouillards » du petit peuple face au pouvoir des dynasties politiques incarnées par Kenyatta et Odinga.

Il a devancé de 233 211 voix Raila Odinga au terme d’un scrutin globalement paisible, mais marqué par une participation en baisse, à environ 65 % des 22,1 millions d’électeurs, suivi d’une interminable attente de six jours qui a mis à rude épreuve la patience des Kényans.

Un résultat contesté

Des violences ont éclaté lundi soir dans certains quartiers populaires de Nairobi, dont Mathare et Kibera, deux bastions d’Odinga, dès l’annonce de la victoire de Ruto. À Kisumu, autre bastion d’Odinga, la police a tiré des gaz lacrymogènes face à des manifestants. Si le Kenya est considéré comme un îlot de stabilité et de croissance dans une région tourmentée, les résultats de toutes les présidentielles depuis 2002 y ont été contestés. Celle de 2017 avait même été annulée par la Cour Suprême, une première en Afrique, saisie alors par Raila Odinga.

Certaines crises postélectorales ont plongé le pays dans la violence, comme en 2007-2008, où la contestation des résultats, déjà par Raila Odinga, avait conduit à des affrontements intercommunautaires, faisant plus de 1 100 morts et des centaines de milliers de déplacés.