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Migrants. Barbelés, surveillance, expulsions… Le littoral nord s’est « bunkérisé », selon un rapport

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AP- Barbelés, millions d’euros investis dans la surveillance, expulsions des campements… En 30 ans, l’État a progressivement « bunkérisé » le littoral nord pour empêcher les traversées clandestines de la Manche.

Selon un rapport publié ce vendredi 4 février, c’est une véritable « politique de dissuasion » à l’égard des migrants qui s’est instaurée en 30 ans pour empêcher les traversées clandestines de la Manche, sur le littoral nord de la France.

Lire aussi : Emmanuel Macron veut un « conseil Schengen » pour « reprendre en main le contrôle des frontières »

« Par le harcèlement et la violence, l’objectif de l’État est de faire partir les exilés en les poussant à bout », résume auprès de l’AFP Pierre Bonnevalle, l’auteur du rapport produit pour un collectif d’associations rassemblées au sein d’une Plateforme de soutien aux migrants (PSM).

« Rassurer l’opinion publique »

« Depuis 30 ans, à la frontière franco-britannique, l’État français déploie une politique de dissuasion » qui se traduit, selon l’auteur, par une démonstration de force destinée avant tout à « rassurer l’opinion publique et la population quant à (sa) capacité à faire régner l’ordre ».

Car dans les faits, ni l’« appareil policier, administratif et juridique » mis en place, ni les aménagements type barbelés, ni les accords bilatéraux avec la Grande-Bretagne ne parviennent à empêcher les migrants de se risquer à un passage à bord de camions ou, désormais, par la mer, observe le rapport rendu public 19 ans jour pour jour après la signature des accords du Touquet (4 février 2003), qui ont confié la gestion de la frontière à la France, à Calais.

C’est en 1997, après une première vague d’immigration venant notamment du Kosovo, que le sujet a commencé à susciter une réponse policière, rembobine l’auteur.

Le littoral : un passage obligé

Depuis, le littoral est devenu un passage obligé pour les personnes aspirant à rejoindre l’Angleterre.

Les camps se sont succédé, de Sangatte fin des années 1990, à la « jungle » de Calais dans la foulée de la crise migratoire de 2015, pour aboutir à une politique désormais assumée de « zéro point de fixation » par les autorités, condamnant les migrants « à l’errance ».

Entre-temps, la coopération avec la Grande-Bretagne s’est renforcée à coups d’accords bilatéraux, de celui du Touquet, entré en vigueur en 2004, à celui de Sandhurst en 2018 – le 19e -, avec plusieurs dizaines de millions d’euros investis par la Grande-Bretagne pour étanchéifier le littoral français.

Clôtures, barbelés, vidéosurveillance

Résultat : « a minima » 1,28 milliard d’euros dépensés depuis 1998 en clôtures, barbelés, vidéosurveillance, sécurité privée et autres dispositifs.

Un arsenal qui s’accompagne aussi d’un « harcèlement quotidien », de « violences policières » ou encore d’un « empêchement d’accéder aux droits fondamentaux ».

Sur trois décennies, « l’État a perfectionné sa doctrine de dissuasion », pour aboutir à un littoral « bunkérisé », reprend Pierre Bonnevalle.

Jusqu’à l’absurde, estime-t-il : « Au final, les étrangers ne peuvent ni entrer » en France et dans l’espace européen, « ni rester, ni sortir ».

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