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AP- L’Église congolaise est en deuil. L?influent archevêque émérite de Kinshasa, Laurent Monsengwo Pasinya, connu pour ses années de lutte contre les régimes qui se sont succédé en République démocratique du Congo depuis l?ère Mobutu, s?est éteint dimanche près de Paris à 81 ans. Le prélat avait été évacué six jours avant en France « dans un état critique », selon son diocèse, pour des soins appropriés. Les hommages venus du monde entier se succèdent.

Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, « a la profonde douleur d?annoncer à la communauté chrétienne catholique et à toutes les personnes de bonne volonté le décès du cardinal Laurent Monsengwo ce dimanche 11 juillet en France (Versailles) », a indiqué dans un communiqué l?archidiocèse.

À l?annonce de sa mort, les cloches de la cathédrale Notre-Dame du Congo ont retenti. Un sacristain est venu installer l?effigie du prélat défunt à l?autel alors que des femmes, en pleurs, commençaient à affluer dans l?église.

Hommages unanimes de la classe politique

Le président Félix Tshisekedi a salué « un prince de l?Église qui ?uvra longtemps au service du peuple » et « fut l?un des acteurs majeurs de la démocratisation de notre pays ». Son opposant Martin Fayulu s?est dit « atterré par le décès de son éminence Laurent Monsengwo. Une perte énorme pour la #RDC. Il était le ciment de la cohésion nationale. Merci à Dieu pour tout ce qu?il a fait pour notre pays. Que son âme repose en paix. Mes condoléances à tous les Congolais », a-t-il réagi sur Twitter.

« Immense perte pour notre pays. Le cardinal Laurent Monsengwo était une bibliothèque socio-politique, un scientifique de haute facture, un prélat dévoué, un défenseur acharné des intérêts de l?Église et du peuple congolais », a écrit la ministre congolaise de l?Environnement Ève Bazaiba.

Un repère pour l?Église catholique congolaise

Enfant de la famille royale de l?ethnie des Sakata, Laurent Monsengwo Pasinya est né le 7 octobre 1939 à Inongo, dans la province de Mai-Ndombe (ouest de la RDC). Il a été ordonné prêtre en 1963, puis évêque en 1980 par le pape Jean-Paul II à Kinshasa.

Il est d?abord évêque auxiliaire d?Inongo, puis muté en 1981 à Kisangani, en province orientale (nord-est), comme évêque auxiliaire. Sept ans plus tard, il est porté à la tête de l?archevêché de cette ville.

Premier Africain docteur en sciences bibliques, cet intellectuel jouissait d?un grand prestige en RDC pour son rôle majeur dans l?ouverture démocratique au début de la décennie 1990, alors qu?il était archevêque de Kisangani et président de la conférence épiscopale nationale.

Moteur de la démocratisation

Initiateur en 1990 d?un mémorandum demandant plus de libertés au maréchal Mobutu, au pouvoir depuis près de trente ans, Laurent Monsengwo était alors considéré comme « un personnage incontournable, le cerveau moteur de la poussée vers la démocratie », selon les écrivains Roger Gaise et Isidore Ndaywel dans un livre consacré au prélat.

Pour l?ex-député Gilbert Kiakwama, témoin de cette époque agitée, Laurent Monsengwo était « la passerelle idéale », une des « rares personnalités congolaises qui faisaient l?unanimité ».

Il est à Kisangani lorsqu?éclate, en 1996, la première guerre du Congo, qui verra Mobutu, abandonné par les Occidentaux, chassé l?année suivante par les rebelles de l?Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila, fortement appuyés par le Rwanda.

Rapidement, Monsengwo se montre critique du nouveau pouvoir, attitude qu?il conservera après l?accession à la tête du pays de Joseph Kabila, à la suite de l?assassinat de son père en 2001, en pleine deuxième guerre du Congo (1998-2003). Pendant ce conflit d?une extrême violence, il dénonce les crimes commis par les belligérants dans sa ville, et doit, pour sa sécurité, vivre un temps hors de Kisangani, pour le contrôle de laquelle Ouganda et Rwanda se livreront des combats sans merci, directement ou par milices congolaises interposées.

À la fin de la guerre, il ne participe pas à la transition politique mais reprend vite son rôle d?aiguillon du pouvoir.

L?un des neuf conseillers du pape François

En décembre 2007, Mgr Monsengwo succède à la tête de l?archevêché de Kinshasa au cardinal Frédéric Etsou, décédé en janvier de la même année. Sous son impulsion, l?Église catholique, seule institution réellement présente sur l?ensemble du territoire et dont se revendique environ 40 % de la population, lance régulièrement des mises en garde au pouvoir. Laurent Monsengwo est fait cardinal par Benoît XVI en 2010.

En 2011, le cardinal conteste la réélection de Joseph Kabila en estimant que les résultats de la présidentielle de novembre ne sont « conformes ni à la vérité ni à la justice ». Ses détracteurs l?accusent d?être proche de l?opposition, ou de jouer le jeu des Occidentaux.

Peu importe, en 2013, le pape François nomme neuf cardinaux, dont Mgr Monsengwo, chargés de le conseiller dans le gouvernement de l?Église universelle et la réforme de la Curie. Le prélat n?a quitté l?instance qu?en 2018, toujours mobilisé dans la résolution de la crise politique que traversait son pays. Il avait également cédé son fauteuil à la tête de l?archidiocèse de Kinshasa à Mgr Fridolin Ambongo en novembre 2018. Mais il était toujours régulièrement consulté par des hommes politiques de tous bords.

Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation du culte divin et de la discipline des sacrements, qui a exercé des responsabilités pendant vingt ans à Rome, lui a rendu hommage.

Les évêques de France ont également salué de leur côté « une grande figure de l?Église congolaise ». « Homme de paix, il s?est inlassablement engagé pour le dialogue et la réconciliation dans son pays. Homme de détermination et de courage, il a dénoncé, sans concession, les dérives et les compromissions politiques dont il était témoin, ont-ils écrit dans un communiqué.

La dépouille du cardinal sera ramenée dans la capitale congolaise dans les prochains jours. L?organisation et la date de ses obsèques doivent encore être fixées par les évêques.

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