« Le problème de l’effacement de l’Union africaine découle aussi de facteurs que l’on retrouve fondamentalement dans d’autres organisations internationales », précise-t-elle. Cela tient au principe de subsidiarité, qui amène l’UA à laisser agir les organisations sous-régionales.
« D’un point de vue légal, les organisations internationales comme l’Union africaine ne peuvent et n’ont simplement pas le droit de contourner la souveraineté d’autres Etats pour intervenir de manière plus invasive dans les conflits afin de les résoudre. »
Sur un continent marqué par l’histoire coloniale, il n’est en outre pas souhaitable qu’une force extérieure intervienne dans un Etat.
Quid du rôle de médiateur ?
Il reste donc à l’Union africaine son rôle de médiateur. Tirant les leçons des échecs de l’Organisation de l’unité africaine, l’UA fait reposer sa méthode de résolution pacifique des conflits sur la nomination de médiateurs, souvent des anciens chefs d’Etat dont la légitimité repose sur leur expérience.
Dans la province éthiopienne du Tigré, l’organisation s’est efforcée de jouer le rôle de médiateur, mais le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) a toujours refusé sa présence.
L’organisation basée à Addis-Abeba est trop partiale, pouvait-on alors entendre. En novembre 2022, des discussions ont tout de même eu lieu à l’initiative de l’Union africaine et ont abouti à un cessez-le-feu.
Là encore, les opérations de maintien de la paix dans lesquelles l’Union africaine a été impliquée au Soudan et au Mali n’avaient pas pour objectif de régler les conlits régionaux aux dépends des Etats, mais bien de protéger les civils, de créer et de garantir un cadre de gestion des conflits.
« Ne pas négliger la société civile »
Il est finalement très difficile d’évaluer si l’Union africaine remplit bien son rôle de médiateur. « Dans les négociations, il s’agit de savoir si l’UA crée de bonnes conditions de discussion pour les acteurs du conflit. La réussite effective de ces négociations dépend souvent des acteurs eux-mêmes », ajoute l’experte.
Malgré tout, l’Union peut effectivement échouer en ne mettant pas en place le cadre de négociation à temps, ou en amenant les mauvais acteurs à la table. « Aujourd’hui, notamment dans le cas du Soudan, l’Union africaine court concrètement le risque de négliger les acteurs civils et non étatiques et de n’offrir une plateforme qu’aux responsables de la violence : le président de facto Al-Burhan et le chef des Forces de Soutien Rapide, Mohamed Hamdan Daglo. », souligne Hager Ali.
Or ce sont précisément les acteurs non étatiques et les civils qui souffrent de cette crise. C’est ce à quoi l’UA se confronte dans tous les conflits impliquant des acteurs de la société civile, comme au Mali ou dans la région du Tigré.
Enfin, la longévité des crises au Soudan, en Libye, dans le Sahel ou dans la région du Tigré montre que cette méthode peine encore à s’imposer.
Auteur: Antonio Cascais, Diane Merveilleux